… ou un assemblage temporaire de matière recyclée?
Ce n’est pas très poétique dit comme ça, mais c’est vrai. Au niveau strictement physique, nos corps sont faits à 99% d’oxygène, carbone, hydrogène, azote et calcium et il se renouvelle continuellement, à des rythmes différents selon les tissus. La personne qui arrive sur terre n’est déjà plus, physiquement, tout à fait la même quelques années plus tard. Ce que nous mangeons, buvons et respirons passe en nous : une partie reste, une partie repart.
L’origine de ces atomes, ce sont les poussières interstellaires, les gaz intergalactiques, toute cette matière originelle qui, petit à petit, s’est condensée pour former des corps célestes, puis notre système solaire, puis nous. Quand ils nous quittent, ils repartent dans l’air, dans la terre, dans l’eau, et forment peut-être, ailleurs, une autre cellule, une autre plante, un autre être vivant, ou pas. Le même atome qui a un jour battu dans un cœur pourrait bien, demain, faire pousser une feuille ou se retrouver dans une pierre sédimentaire.
Et la vraie question, au milieu de ce renouvellement continu, c’est celle-ci : est-ce que ce recyclage instable, c’est nous ? Sommes-nous seulement cet assemblage temporaire d’atomes de passage ? Ou bien y a-t-il en nous quelque chose qui ne se recycle pas, qui persiste au-delà, une entité, une énergie, quelque chose qui reste quand les atomes, eux, repartent ? La science a percé l’origine des éléments qui nous composent. Elle n’a pas encore répondu à qui nous sommes, à l’intérieur de cette structure instable que nous appelons nous-mêmes.
C’est cette question-là que je pose sans un mot, violon et mandoline en main, en ouverture de chaque concert. Elle ne demande pas de réponse. Elle demande juste qu’on l’écoute.Si vous cherchez un musicien original pour événement, je peux vous proposer un spectacle unique. J’ai toujours été fasciné par les sonorités celtiques, sans trop savoir pourquoi. C’est une musique qui évoque la brume qui traîne dans les vallons d’Écosse, quelque chose du Moyen Âge, du Nord, du lointain.
Elle ne raconte rien de précis, et c’est peut-être pour ça qu’elle raconte tout : elle rappelle qu’il existe une autre dimension à l’existence, plus mystérieuse. D’où venons-nous, où allons-nous…
Une musique mystérieuse
Cette musique a ses codes : un tambour profond, le bodhrán, et surtout le violon, omniprésent dans les traditions irlandaise, écossaise, ou dans les zones acadiennes du Canada. Le violon est un instrument léger, facile à transporter dans une malle ou sous un bras, que les émigrants prenaient avec eux quand ils partaient vers l’ouest.
Il y a aussi les flûtes et les cornemuses dans cette tradition-là, mais je ne sais pas encore les apprivoiser sur scène. À leur place, j’utilise la mandoline. Pas comme instrument rythmique, comme on l’entend souvent dans le bluegrass, mais en solo, portée par sa propre sonorité particulière.
Bien jouée, même dans ses aigus, elle peut creuser une vraie profondeur, une réverbération qui installe le mystère et laisse la place au silence entre les notes.
Comme introduction à mon show « Take it Easy! », qui est un spectacle où chaque morceau est précédé d’une histoire vraie, une situation de vie, un souvenir, une question qui trotte dans la tête, j’ai choisi de ne pas mettre des paroles. Chacun inventera les siennes dans son intérieur.
C’est un morceau de musique celtique pour violon et mandoline, instrumental, sans paroles, et pourtant c’est peut-être celui qui pose la question la plus grande de toute la soirée.

L’inspiration
J’ai composé jusqu’ici plusieurs morceaux celtiques. Celui que je joue en ouverture s’appelle Poussière d’étoiles. Il est né d’une ambiance sonore de film qui m’a frappé au plus profond de moi : une mélodie de violon entendue en arrière-plan dans un film sur les premiers colons en Acadie. J’ai oublié le titre du film., mais je n’ai jamais oublié cette ligne mélodique.
Elle m’a tellement touché que j’en ai repris les grandes lignes, avant de la compléter avec mes propres idées et d’ajouter toute la partie mandoline, qui est entièrement de mon cru. La partie violon garde donc cette empreinte lointaine, de voyage, de souvenir, comme une trace laissée par quelqu’un d’autre, quelque part avant moi. La mandoline, elle, joue une contre-partie : elle éveille la réflexion, elle ouvre sur l’infini. C’est ce mélange des deux, cette rencontre entre un souvenir emprunté et un espoir en l’avenir
Musicien original pour événement
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